Archives pour la categorie ‘coup de coeur’

ORPHELINS DE DIEU. Marc Biancarelli ♥♥♥

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Parfois, inconsciemment, la main se tend vers une pile au milieu de tant d’autres et saisit un titre, une couverture avec un léger frémissement, un sentiment de « pépite » et, dès les premières lignes de l’incipit, la certitude de l’orpailleur du filon prometteur. Et quand la promesse est tenue, quel bonheur !

Marc Biancarelli n’en est pas à son coup d’essai mais n’avait publié qu’en langue corse et l’on ne remerciera  jamais assez ses traducteurs, dont Jérôme Ferrari, de nous avoir livré ses trésors, notamment pour Murtoriu.

Il existe un souffle épique formidable chez ces oubliés de Dieu, véritables mercenaires de Mnémoch, une mélancolie noire et profonde, un souhait de rachat improbable dans un dernier acte vengeur et réhabilitateur. Tout y est :  la candeur et l’innocence, l’abomination, la bestialité, la fatigue de la vieillesse, l’illumination de la rédemption, la pudeur et la cruauté.

Magistral. TRES BON roman. A lire +++

Encore un nouveau pur-sang chez Actes Sud qui en a indéniablement la plus belle collection !

LE COLLIER ROUGE. Jean Christophe Ruffin ♥♥♥

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Fort de ses pérégrinations et de ses tribulations, JC Ruffin nous a offert des romans inspirés de toutes ses aventures y compris son Chemin de Compostelle. Mais avec le Collier rouge il rompt totalement avec son oeuvre antérieure et nous livre dans un véritable état de grâce, un diamant brut de la plus belle eau et sans aucun crapaud.

Avec des mots simples , dans une respiration lente et profonde, tenant le lecteur en haleine jusqu’au dénouement, il nous souffle une petite histoire, presqu’une anecdote, qui va nous transpercer jusqu’aux tréfonds de l’âme.

Une histoire d’amour animal mêlée d’une lente évolution vers une conscience politique et d’une remise en cause des grandes règles de vie des hommes au cours de la guerre.Car il s’agit de la Grande guerre, bien sûr, sur laquelle tant de choses ont été écrites, mais cet opuscule de 120 pages nous livre la perfection de son absurdité

L’essentiel y est inscrit

20/20

LETTRE A HELGA. Bergsveinn Birgisson ♥♥♥

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ATTENTION CHEF D’OEUVRE NORDIQUE !!

 

Dans les brumes islandaises, un vieil homme écrit à la femme qu’il a aimé en secret ,le testament de sa vie, son amour passionné pour elle, mais son amour fou, inconditionnel et supérieur pour sa terre, ses bêtes, sa mer, loin du bruit et de la fureur de la ville tentatrice. Un amour simple, inné de l’homme fondu dans la nature qui l’a vu naître et sans laquelle aucune respiration n’est possible. Une puissance osmotique telle, qu’elle engendrera un sacrifice amoureux, douloureux mais incontournable.

Et cela exprimé dans une sobriété exemplaire de mots baignés de poésie, « des mots simples mais des mots lourds », qui nous ensorcellent par cette intelligence percutante de la vie.

Un ode merveilleuse à la Nature et à la place de l’homme en son sein.

Un extrait de concentré de vie où pas un mot ne manque et pas un mot de trop. En un seul : Parfait

Ouvrez le comme un trésor !!

SUR LES EPAULES DE DARWIN. JC Ameisen ♥♥♥

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On ne présente pas Jean Claude Ameisen animateur d’une chronique sur France inter, le samedi matin, auréolé de nombreux prix.

Mais s’asseoir et lire ou écouter ce magicien de la nature qui avec des mots simples vous livre « des spectacles admirables » de ce monde qui est au milieu de nous et que nous ne voyons plus, est une révélation et un enchantement de tous les instants.

Que ce soit le monde des abeilles ou celui des fourmis, il nous dévoile une intelligence stupéfiante de ces minuscules êtres vivants que nous côtoyons tous les jours, le nez penché sur nos monuments de petites vies, alors qu’autour de nous, si nous nous donnons juste la peine de regarder, existe un monde extraordinaire dont nous sommes issus mais que nous avons oublié, négligé, peut être méprisé, alors qu’il nous donne les plus belles leçons de vie

A lire pour être émerveillé.

LA CLAIRE FONTAINE. David Bosc ♥♥♥

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Que vous aimiez la peinture ou qu’elle vous laisse indifférent, vous ne pourrez rester de marbre devant ce petit bijou improbable sur la vie de Courbet, sur la nature profonde de cet être éperdument amoureux de la vie, des femmes, de l’alcool, de la nature et qui se désolait de ne pouvoir l’exprimer simplement que par ses pinceaux et ses crayons. Il aurait voulu pouvoir rendre avec sa palette toute la gamme infinie des cinq sens.

David Bosc nous retrace dans une langue vive, éclatante et poétique les dernières années de Courbet à la Tour de Peilz, sur les bords du lac Léman, où il mourut et fut enterré.

Difficile de faire plus bel hommage à cet homme immense qui nous enchante encore.

Merci et Bravo avec des roulements de r à ce natif de Carcassonne..

A lire comme de l’eau fraîche en plein été !

CET ÉTÉ LÀ. William Trevor ♥♥♥

 

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Petite cantate légère, apaisante, jouée par de belles âmes dans un monde simple.

De ces histoires innocentes et lourdes à la fois où chaque personnage trace son sillon suivant son code de vie où le respect et l’amour peuvent cohabiter simplement.

William Trevor, un grand, un très grand de la littérature nous livre une histoire simple sans fards dont la musique est douceur et sérénité

Une de ces oeuvres dont on sort réconcilié avec l’être humain.

L’OUBLI QUE NOUS SERONS. Hector Abad ♥♥♥

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Une figure paternelle héroïque dans une Colombie dévastée par un pouvoir militaire sanguinaire.

Encore une de ces guérillas meurtrières sud-américaines pourrait on penser, où se mêle dictature, narco-trafiquants et révolutionnaires sauf que cette autobiographie utilise comme toile de fond cet état des lieux pour dresser le portrait plein d’amour et de respect pour un homme exceptionnel, véritable humaniste, médecin des pauvres, utilisant le bon sens, l’optimisme et l’enthousiasme pour lutter contre la main de fer de la gente totalitaire en place.

Un véritable hymne à la joie, un formidable élan de vie suinte de ce visage paternel dépeint avec adoration par un fils ébloui et quelque peu écrasé par cette personnalité hors norme mais qui a su se rendre « inoubliable ».

Le style est fluide,  élégant, la traduction parfaite

A quoi sert la littérature ? A vivre mille vies..Penchez vous sur celle d’ Hector Abad, c’est un véritable joyau.

ACCABADORA. Michela Murgia ♥♥♥

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C’est un véritable chant sarde que nous psalmodie Michela Murgia.

Un de ces livres qui nous raconte une vieille histoire lourde, lente et puissante où l’économie des mots des personnages rend encore plus écrasante leur destinée.

Dans une Sardaigne ancestrale une veuve adopte une enfant dont elle fera sa « fill’e anima » l’éduquant avec une rigueur aimante permettant l’éclosion d’une jeune femme droite et forte. Mais un jour cette jeune Maria va découvrir la véritable Tzia qui n’est autre qu’une accabadora, une faiseuse non d’anges mais de morts, cette deuxième mère , celle qui après la première qui a donné la vie, donne la mort quand celle ci tarde trop à faire son œuvre et engendre de trop grandes souffrances. Après une répulsion totale et une fuite éperdue Maria reviendra auprès de sa mère adoptive mourante qui lui signifiera par le regard son souhait qu’elle devienne pour elle son accabadora. Et se pose alors pour la jeune femme la terrible question du droit à donner la mort quand les souffrances sont inutiles et le courage et la force immense nécessaire à l’accomplissement d’un tel acte.

Ce roman mi légende mi vérité, dans un style épuré, clair et bien maîtrisé, soulève le problème  aussi vieux que les mythes, de l’euthanasie, cachée, tue mais acceptée comme un rituel ancestral.

Magnifique roman qui n’est pas sans résonner avec Milena Angus ou Carole Martinez

A lire. Ne serait ce que pour nous rappeler que nous sommes des fétus de paille, certes dressés, mais si fragiles…

LE PEINTRE D’EVENTAIL. Hubert Haddad ♥♥♥

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Dans une modeste pension d’une contrée japonaise, un homme épouvanté par sa vie trouve refuge auprès d’un vieil homme, peintre sur éventails des splendeurs du jardin dont il a la garde et qu’il lui lèguera à sa disparition comme véritable gardien de son temple. C’est auprès des différents hôtes de la maison et parmi ces aquarelles de papier et cette nature omniprésente que cet homme retrouvera sa dignité et son élan de vie avant que la nature tant aimé ne brise à nouveau cette force vive.

Cet opuscule aussi léger qu’un souffle d’éventail dans les cerisiers japonais prend pourtant tout son poids au coeur même d’une terre riche, féconde, génératrice d’une beauté sensuelle mais aussi violente et meurtrière dans ses paroxysmes sismiques. C’est une véritable danse lascive entre les personnages ballotés par leur passion et leur destin et cette nature apaisante mais aussi dévastatrice.

Ce roman ressemble à ces délicates estampes au trait parfait de finesse  et d’une violence inouïe.

Très bel auteur. A découvrir.

PARFUMS. Philippe Claudel ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Claudel est un « chuchoteur » et ce qu’il vous murmure à l’oreille est empli d’une poésie nostalgique, d’une brume indéfinissable lourde et ouatée à l’image de sa terre lorraine. Sa musique est cristalline et son verbe souple et aérien. A l’instar de Philippe Delerm et sa « petite gorgée de bière » il nous livre dans Parfums ces petits instants de grâce, ces minuscules particules de vie qui en font toute la saveur et la rendent si précieuse. Tous ces petits « riens » qui peuplent notre hippocampe limbique et font de nous des êtres uniques et à la fois similaires dans leurs souvenirs partagés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et dans la même veine, dénichez «  Le café Excelsior » lieu de rencontre entre un grand père et son petit fils, endroit magique de passation du pouvoir masculin entre une grenadine à l’eau et une chope de bière. Une véritable initiation dans un rituel ancestral qui fait de vous un homme, un vrai. Un petit bijou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impossible de ne pas rappeler l’exceptionnel roman qui ouvrit avec fracas les portes de la littérature à Philippe Claudel : « Les âmes grises ». La beauté rare de ce livre où la noirceur de l’âme côtoie l’indicible fraicheur sous le fracas lointains des bombes restera longtemps gravée dans le marbre de nos mémoires.

Philippe Claudel est une véritable version orale des plus beaux peintres flamands.

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