Archives pour la categorie ‘roman’

CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC. François Garde ♥♥

 

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Premier roman : neuf prix … Question obsédante, les yeux rivés sur le bandeau rouge des citations: Réalité ? Arnaque ?

4° de couv’ : XIX° siècle, un blanc, oublié sur une ile, devenu « sauvage » avec les « sauvages », est retrouvé 17 ans après et récupéré, quasi amnésique, par la « civilisation » qui tentera de le réintégrer sous l’oeil bienveillant d’un scientifique humaniste.

Extrait d’une histoire vraie mais très romancée, ce récit a deux voix:

- celle du scientifique, rêvant de gloire,qui tente de découvrir,désespérément, les mécanismes de survie de cet homme pendant ces 17 ans dans un univers totalement hostile et permettre ainsi, dans une époque secouée par Darwin, une avancée ethnologique et qui se heurte à un mutisme farouche de son objet d’études.

- celle du héros,totalement muet à la « civilisation », mais nous faisant seul confident de son expérience qu’il refuse d’exprimer car il a compris que « parler c’est mourir » car ne peut coexister en lui ces deux mondes.

Premier roman totalement maîtrisé, puissant, soulevant l’universel problème de l’intégration et du souvenir et l’éternelle question de la dualité « sauvage-civilisé »

Pas d’arnaque vous pouvez le poser sur la pile !

CET ÉTÉ LÀ. William Trevor ♥♥♥

 

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Petite cantate légère, apaisante, jouée par de belles âmes dans un monde simple.

De ces histoires innocentes et lourdes à la fois où chaque personnage trace son sillon suivant son code de vie où le respect et l’amour peuvent cohabiter simplement.

William Trevor, un grand, un très grand de la littérature nous livre une histoire simple sans fards dont la musique est douceur et sérénité

Une de ces oeuvres dont on sort réconcilié avec l’être humain.

L’OUBLI QUE NOUS SERONS. Hector Abad ♥♥♥

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Une figure paternelle héroïque dans une Colombie dévastée par un pouvoir militaire sanguinaire.

Encore une de ces guérillas meurtrières sud-américaines pourrait on penser, où se mêle dictature, narco-trafiquants et révolutionnaires sauf que cette autobiographie utilise comme toile de fond cet état des lieux pour dresser le portrait plein d’amour et de respect pour un homme exceptionnel, véritable humaniste, médecin des pauvres, utilisant le bon sens, l’optimisme et l’enthousiasme pour lutter contre la main de fer de la gente totalitaire en place.

Un véritable hymne à la joie, un formidable élan de vie suinte de ce visage paternel dépeint avec adoration par un fils ébloui et quelque peu écrasé par cette personnalité hors norme mais qui a su se rendre « inoubliable ».

Le style est fluide,  élégant, la traduction parfaite

A quoi sert la littérature ? A vivre mille vies..Penchez vous sur celle d’ Hector Abad, c’est un véritable joyau.

ACCABADORA. Michela Murgia ♥♥♥

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C’est un véritable chant sarde que nous psalmodie Michela Murgia.

Un de ces livres qui nous raconte une vieille histoire lourde, lente et puissante où l’économie des mots des personnages rend encore plus écrasante leur destinée.

Dans une Sardaigne ancestrale une veuve adopte une enfant dont elle fera sa « fill’e anima » l’éduquant avec une rigueur aimante permettant l’éclosion d’une jeune femme droite et forte. Mais un jour cette jeune Maria va découvrir la véritable Tzia qui n’est autre qu’une accabadora, une faiseuse non d’anges mais de morts, cette deuxième mère , celle qui après la première qui a donné la vie, donne la mort quand celle ci tarde trop à faire son œuvre et engendre de trop grandes souffrances. Après une répulsion totale et une fuite éperdue Maria reviendra auprès de sa mère adoptive mourante qui lui signifiera par le regard son souhait qu’elle devienne pour elle son accabadora. Et se pose alors pour la jeune femme la terrible question du droit à donner la mort quand les souffrances sont inutiles et le courage et la force immense nécessaire à l’accomplissement d’un tel acte.

Ce roman mi légende mi vérité, dans un style épuré, clair et bien maîtrisé, soulève le problème  aussi vieux que les mythes, de l’euthanasie, cachée, tue mais acceptée comme un rituel ancestral.

Magnifique roman qui n’est pas sans résonner avec Milena Angus ou Carole Martinez

A lire. Ne serait ce que pour nous rappeler que nous sommes des fétus de paille, certes dressés, mais si fragiles…

LE PEINTRE D’EVENTAIL. Hubert Haddad ♥♥♥

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Dans une modeste pension d’une contrée japonaise, un homme épouvanté par sa vie trouve refuge auprès d’un vieil homme, peintre sur éventails des splendeurs du jardin dont il a la garde et qu’il lui lèguera à sa disparition comme véritable gardien de son temple. C’est auprès des différents hôtes de la maison et parmi ces aquarelles de papier et cette nature omniprésente que cet homme retrouvera sa dignité et son élan de vie avant que la nature tant aimé ne brise à nouveau cette force vive.

Cet opuscule aussi léger qu’un souffle d’éventail dans les cerisiers japonais prend pourtant tout son poids au coeur même d’une terre riche, féconde, génératrice d’une beauté sensuelle mais aussi violente et meurtrière dans ses paroxysmes sismiques. C’est une véritable danse lascive entre les personnages ballotés par leur passion et leur destin et cette nature apaisante mais aussi dévastatrice.

Ce roman ressemble à ces délicates estampes au trait parfait de finesse  et d’une violence inouïe.

Très bel auteur. A découvrir.

LA DISPARITION DE JIM SULLIVAN. Tanguy Viel ♥♥

 

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Tanguy Viel, dans son nouveau roman, s’attelle à un exercice périlleux : celle d’un auteur qui écrit un livre sur le livre qu’il a écrit dans un pays où il n’a jamais mis un pied, avec des héros,des situations, des lieux et des états d’âme piochés pertinemment dans une littérature planétaire, celle de l’American way of life…

Jeu, ô combien difficile, mais dont il se sort avec brio et humour féroce.

Sa maîtrise du fil conducteur, sa dichotomie permanente sur le fil du rasoir entre le narrateur et son double et la construction habile d’une histoire dans l’autre, telles des poupées russes, en font un véritable exercice de style d’une fluidité confondante qui jamais ne s’embrouille dans les multiples poncifs de la littérature américaine dont son roman est truffé. Il fait mouche partout : dans les sujets choisis, dans l’atmosphère parfaitement reconstitué : un véritable roman américain qui aurait pu être écrit par un auteur américain goguenard.

Et comme couronnement : un roman court (153 pages) comme sait si bien les concocter Tanguy Viel qui nous repose des pavés indigestes des éditeurs !

LES NUITS BLANCHES DU CHAT BOTTÉ. LE CUISINIER DE TALLEYRAND. J.C Duchon-Doris♥♥

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Jean Christophe Duchon-Doris est président de chambre à la cour administrative de Marseille. Est ce pour échapper à la rigueur et l’austérité de l’emploi qu’il laisse caracoler son imaginaire et nous offre des histoires romanesques en diable ? De ces histoires que l’on attend, enfant, chaque soir comme une récompense  et la promesse d’un sommeil enchanté. De ces historiettes que l’on conserve en soi comme un trésor et qui, plus tard, garde un parfum de « petite madeleine ». Que ce soit dans Les nuits blanches du chat botté (que n’aurait pas renié Charles Perrault), L’embouchure du Mississipy, Les galères de l’orfèvre, son tryptique historico-policier, ou Le cuisinier de Talleyrand  et ses recettes fondantes ou La fille au pied de la croix, Duchon-Doris se délecte en conteur et le fait avec panache, épée à la hanche et fier tricorne sur catogan lacé de satin. Cela sent bon les après midi oubliés, dans la grange, Les Trois Mousquetaires entre les mains, un brin de paille fiché dans les dents sur un sourire ravi. Bien sur le parallèle est facile avec Parot et son Nicolas Le Floch mais ses romans ont la jambe gainée plus légère, le fleuret plus aérien et l’ennui inexistant.

  Et quand le livre se termine notre âme d’enfant chuchote « Encore…. »

   Si Grégoire Delacourt « enchante » la Diva de la LGL (La Grande librairie) ses fauteuils du Corbusier ne rougiraient pas de la présence de ce conteur-né

 

LA VIE REVÉE D’ERNESTO G. JM Guenassia ♥

 

 

 

 

 

 

 

Sur un siècle,avec son héros Joseph Kaplan, médecin hongrois, Guenassia nous entraine des fastes moribondes de la Hongrie des années 30 au soleil pourrissant d’une Algérie coloniale et d’un retour à la terre natale profondément dévastée par une emprise communiste. Toute une vie ponctuée de rêves, de mirages, d’amours intenses, d’amitiés profondes et de désillusions violentes dont l’acmé se concrétisera par une rencontre étrange et romanesque avec un certain Ernesto G. revenu de toutes ses chimères et exilé dans un trou de province tchèque.

Guenassia nous avait déjà entrainé dans le Paris des années 50 avec une plume tourbillonnante dans une ronde échevelée de personnages hauts en couleur d’une gaité folle enthousiasmante (Le club des incorrigibles optimistes). Ce roman est plus noir, plus amer même si sa plume reste virevoltante.

Une belle histoire même si l’on peut préférer son précédent roman.

« HO… » Philippe Djian

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Icône culte des années 80, révélé par 37,2 le matin et Beinex (qui propulsa de la même façon Dellacorta par son film Diva ) Djian  a ravi, enthousiasmé, enflammé une époque funky. Méprisé par l’intelligentsia littéraire jusqu’aux années 90-95 au sommet de son art avec notamment Sotos, c’est, curieusement, quand il a commencé à se mettre en boucle et à verser dans le lourd et le glauque que les lauriers ont fleuri. Privilège de l’âge ? Reconnaissance tardive de la cavalerie ?

« Ho… » n’échappe malheureusement pas à la règle de ses précédents romans. Alors, bien sûr, il y  a toujours l’ »atmosphère Djian » et son phrasé reconnaissable entre mille. Mais se mettre à la place d’une femme (l’héroïne de son roman) et faire dériver un viol vers une relation amoureuse sado-maso (finissant, en plus, par un coup de pelle mortel) risque de faire sauter au plafond les associations de femmes victimes de ce genre de sévices.  Mais bof, comme c’est le copain de Christine Angot … Il est certain qu’un écrivain n’est pas obligé d’avoir vécu une situation pour pouvoir en parler, son imaginaire peut y pallier, mais parfois il y des occasions qui se perdent. Dommage !

PARFUMS. Philippe Claudel ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Claudel est un « chuchoteur » et ce qu’il vous murmure à l’oreille est empli d’une poésie nostalgique, d’une brume indéfinissable lourde et ouatée à l’image de sa terre lorraine. Sa musique est cristalline et son verbe souple et aérien. A l’instar de Philippe Delerm et sa « petite gorgée de bière » il nous livre dans Parfums ces petits instants de grâce, ces minuscules particules de vie qui en font toute la saveur et la rendent si précieuse. Tous ces petits « riens » qui peuplent notre hippocampe limbique et font de nous des êtres uniques et à la fois similaires dans leurs souvenirs partagés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et dans la même veine, dénichez «  Le café Excelsior » lieu de rencontre entre un grand père et son petit fils, endroit magique de passation du pouvoir masculin entre une grenadine à l’eau et une chope de bière. Une véritable initiation dans un rituel ancestral qui fait de vous un homme, un vrai. Un petit bijou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impossible de ne pas rappeler l’exceptionnel roman qui ouvrit avec fracas les portes de la littérature à Philippe Claudel : « Les âmes grises ». La beauté rare de ce livre où la noirceur de l’âme côtoie l’indicible fraicheur sous le fracas lointains des bombes restera longtemps gravée dans le marbre de nos mémoires.

Philippe Claudel est une véritable version orale des plus beaux peintres flamands.

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