Archives pour la categorie ‘roman’

PRINCE D’ORCHESTRE. Metin Arditi ♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le monde pictural, Metin Arditi se frotte au monde musical avec ce roman sur les doutes et les affres d’un chef d’orchestre adulé,encensé et déifié qui voit son mythe exploser en mille débris par une petite remarque acerbe envers un simple exécutant. Et celui qui fut une véritable idole va voir toute sa créativité, son inventivité et son génie piétinés par ceux qui l’avaient porté au delà des nues et glisser vers une paranoïa aiguë.Hormis le fait qu’Arditi dépeint un personnage propulsé si haut qu’il ne se distingue plus lui même (pathologie fréquente…), il semble que ce phénomène soit contagieux et que l’auteur ait malencontreusement dérapé en osmose avec son sujet.

Metin Arditi semble perdre la maîtrise de son personnage et de son style se faisant bousculer par une folie destructrice et déstructurée qui ne lui ressemble guère. On le préfère plus subtil et plus heureux…

OÙ J’AI LAISSÉ MON ÂME. ♥♥♥ LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME.♥♥♥ Jérôme Ferrari

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jérôme Ferrari joue dans la cour des grands : il y est rentré très vite sans faire ses classes tant son talent est évident.

« Où j’ai laissé mon âme« , en étrange écho de « L’art français de la guerre », est un rubis étincelant sur monture d’ébène : une analyse finement travaillée de la torture dans sa dualité bourreau-martyr où la victime peut devenir en un instant le tortionnaire dans une folie meurtrière emplie de remords insondables.

Son livre gronde comme un torrent de cailloux où chaque pierre est un mot qui frappe et fait mouche. Ses phrases sont longues comme des serpents qui vous enserrent et vous captivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Ferrari est envouté par la face noire de l’âme humaine qui fait retomber les dieux en de simples mortels s’agenouillant devant leurs destins provoqués en une spirale infernale des échecs souhaités. Et ce thème se retrouve dans « Le sermon sur la chute de Rome » guidé par l’exhortation de Saint Augustin à Hippone face à la destruction de la Ville Eternelle. Ferrari y déroule la trame de ses obsessions (comme dans ses autres romans « Un Dieu,un animal » et « Dans le secret« ) la faiblesse et l’éphémère des royaumes chimériques bâtis par l’homme dont le mythe d’Icare est la plus parlante réalité.

Décidément Actes Sud est un haras de  véritables pur- sang !

POUR SEUL CORTEGE. LE TIGRE BLEU DE L’EUPHRATE. Laurent Gaudé♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Gaudé est hanté par les tragédies grecques: Sophocle, Eschyle et Euripide doivent être sa trilogie sacrée.

Il est, de plus, envouté par Alexandre Le Grand sur lequel il a écrit, pour le theatre, le fascinant  » Tigre bleu de l’Euphrate », une de ses plus belles pièces. Mais c’est toujours un Alexandre agonisant, genoux à terre, expliquant dans un long monologue onirique les raisons de sa soif de conquête par un mystérieux tigre bleu ou, dans son dernier roman, la vision du déclin et de l’explosion d’une civilisation moribonde périssant dans l’hypertrophie, l’obésité et la démesure étrangement contemporaine. De ces vieilles civilisations qui nous ont faits et dont l’histoire se répète inlassablement.

Laurent Gaudé est un seigneur et un saigneur enivrant…

A lire sans modération

LA NUIT, LA NEIGE. Claude Pujade-Renaud ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Titre étrange, envoutant, laissant caracoler l’imaginaire, l’opposition absolue du noir et du blanc : l’obscurité sinistre de la déchéance  contre la blancheur éclatante du pouvoir royal.

Un véritable concerto à deux voix.

Tout d’abord, celle d’ Anne Marie des Ursins, camamera mayor de la défunte reine Marie Louise Gabrielle épouse de Philippe V d’Espagne, pauvre fou sur l’échiquier de Louis le Quatorzième. Cette femme puissante, éclairée, véritable araignée tissant les fils poissants des écheveaux politiques avec subtilité et clairvoyance, assurée de son pouvoir absolu, rencontre la nouvelle épouse, choisie par elle, petit pion noir sur son propre damier. Mais l’innocent pion noir,un soir de décembre 1714 dans un glacial château de Castille , va la précipiter brutalement  dans la nuit sombre de la répudiation. Et cette femme vieillie, humiliée, cherchera en vain les raisons de cette funeste chute.

Et celle d’Elisabeth Farnèse (ce petit pion noir si prometteur) vendue par sa mère pour la gloire de la couronne de Parme et qui, manipulée à son insu, va tenter désespérement de gouverner un royaume hostile et rongé par l’Inquisition et qui restera hantée par cette disgrâce prononcée hâtivement et par ce carrosse bringuebalant fuyant la nuit dans la neige emportant celle qui aurait pu être son seul secours.
Claude Pujade-Renaud est une magnifique voix féminine d’une très grande tessiture jouant sur tous les arpèges de la sensibilité humaine. Est ce une historienne romancière ou une romancière historienne ?

Mais c’est à coup sûr une enchanteresse…

KAROO. Steve Tesich

 

 

 

 

 

Attention, coup de pub !!!!

Histoire d’un homme devenu indifférent à toutes les sollicitations de la vie (amour,sexe, alcool,drogue and rock’roll) et qui va tenter, fichtre, de bien savoir pourquoi….

« Si les mots ont encore un sens, n’hésitons pas, c’est un chef d’oeuvre » Sud ouest. Oeuvre peut être, chef pas sûr….

« Karoo est un hymne admirablement retors à la littérature » Le Monde. Quelle littérature ? Celle du nombrilisme exacerbé passé au crible du microscope électronique ?

« Tesich accomplit une prouesse littéraire » Les Inrockuptibles. Si les mots ont encore un sens, alors que dire de celle de Michael Phelps ou Teddy Rinner….

« C’est un roman noir électrisant, mangeur d’hommes » Le Figaro Magazine. Malheureusement il y a surement eu panne de secteur et au final aucune morsure n’a été à déplorer. Ouf !

607 pages, c’est long, surtout quand on s’ennuie.. et l’assimilation à un Easton Ellis ou un Roth est peut être hyperbolique (quoique..)

Madame Bovary a généré le bovarysme, Oblomov l’oblomovisme, on peut douter lire un jour dans un dictionnaire le karooisme…

Faites vous plaisir lisez plutôt ou relisez Jay Mac Inerney, Wallace Stegner, Paul Auster ou Jim Harrison.

 

DOUBLE IDENTITE. Didier van Cauwelaert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un seul mot : AU SECOURS !!!!

ARAL. Cécile Ladjali ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Poème épique d’une rare beauté sauvage,violente dans un décor d’apocalypse : la mer d’Aral inexorablement ensablée.

Histoire d’amour folle, inhumaine d’un être hors du commun explosant les frontières des mortels sur une planète martienne.

Ode majestueuse à la musique et à la création symphonique envahissant l’univers silencieux du héros atteint de surdité dont la folle ambition est la découverte de la…8° note, gage de vie et d’amour éternelle.

Cécile Ladjali est une grande, de la même veine que  des Sylvie Germain ou Carole Martinez.

Ce livre est un triangle des Bermudes, on peut s’y engloutir…

SALUT MARIE. Antoine Sénanque

 

 

 

 

 

 » C’est l’histoire d’un mec … » ancien veuf, désabusé, totalement déprimé (« La dépression est le symptôme majeur de la lucidité » dit le héros),vétérinaire spécialisé dans l’euthanasie des vieux chiens et trainant sa vie comme un boulet. Mais voilà que Marie (Celle de Lourdes et de Fatima) décide de lui apparaître. A part que lui s’en fout… mais pas son entourage. S’en suit alors de nombreuses digressions métaphysiques et des situations rocambolesques.

Il y a du Pennac, du Delacourt et du Van Cauwelaert dans ce roman, l’optimisme en moins; de ces romans dont on se dit que l’auteur a du talent mais un certain dilettantisme.

Sénanque a écrit des pages éblouissantes de finesse, de justesse, de lucidité, de dérision sur un monde qu’il connait très bien: la médecine dans Blouse,  La grande garde et L’ami de jeunesse. Restez en là ou alors par simple curiosité…

LES LIMACES FRANÇAISES. Michele Mari ♥♥

 

 

 

 

 

 

Littérature italienne mais sans les flonflons ni les plumets : un livre sombre, âpre, rugueux sur le délabrement irréversible de la mémoire d’un être frustre à l’extrême et dont les morceaux seront récupérés par un enfant qui, tels les bouts d’un puzzle, essaiera de les rassembler pour résoudre l’énigme de son origine.

Entre le roman policier et le roman onirique, c’est surtout un livre sur l’amitié profonde, entière entre un « monstre arriéré » et un adolescent curieux et révolté contre l’indifférence et le mépris.

Totalement atypique, inattendu et ensorcelant dans le sens premier du terme.

LE ROI N’A PAS SOMMEIL. Cécile Coulon ♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce livre est un conte narré par un jeune auteur à la plume déjà bien trempée et à l’imagination romanesque.

Le style est fluide, bien maitrisé et tous ses personnages ont une véritable étoffe en quelques phrases précises en un bel art de concision.

Le roi n’a pas sommeil parce qu’exilé dans son royaume échu, ballotté et propulsé par ses forces intérieures contre lesquelles il se débat âprement avant d’abdiquer, submergé par la violence de ses démons génétiques et sous les yeux impuissants de son entourage muselé.

Belle puissance, bel esprit narratif, un écrivain qui promet !

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