Archives pour la categorie ‘histoire’

LE COLLIER ROUGE. Jean Christophe Ruffin ♥♥♥

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Fort de ses pérégrinations et de ses tribulations, JC Ruffin nous a offert des romans inspirés de toutes ses aventures y compris son Chemin de Compostelle. Mais avec le Collier rouge il rompt totalement avec son oeuvre antérieure et nous livre dans un véritable état de grâce, un diamant brut de la plus belle eau et sans aucun crapaud.

Avec des mots simples , dans une respiration lente et profonde, tenant le lecteur en haleine jusqu’au dénouement, il nous souffle une petite histoire, presqu’une anecdote, qui va nous transpercer jusqu’aux tréfonds de l’âme.

Une histoire d’amour animal mêlée d’une lente évolution vers une conscience politique et d’une remise en cause des grandes règles de vie des hommes au cours de la guerre.Car il s’agit de la Grande guerre, bien sûr, sur laquelle tant de choses ont été écrites, mais cet opuscule de 120 pages nous livre la perfection de son absurdité

L’essentiel y est inscrit

20/20

LA CLAIRE FONTAINE. David Bosc ♥♥♥

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Que vous aimiez la peinture ou qu’elle vous laisse indifférent, vous ne pourrez rester de marbre devant ce petit bijou improbable sur la vie de Courbet, sur la nature profonde de cet être éperdument amoureux de la vie, des femmes, de l’alcool, de la nature et qui se désolait de ne pouvoir l’exprimer simplement que par ses pinceaux et ses crayons. Il aurait voulu pouvoir rendre avec sa palette toute la gamme infinie des cinq sens.

David Bosc nous retrace dans une langue vive, éclatante et poétique les dernières années de Courbet à la Tour de Peilz, sur les bords du lac Léman, où il mourut et fut enterré.

Difficile de faire plus bel hommage à cet homme immense qui nous enchante encore.

Merci et Bravo avec des roulements de r à ce natif de Carcassonne..

A lire comme de l’eau fraîche en plein été !

CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC. François Garde ♥♥

 

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Premier roman : neuf prix … Question obsédante, les yeux rivés sur le bandeau rouge des citations: Réalité ? Arnaque ?

4° de couv’ : XIX° siècle, un blanc, oublié sur une ile, devenu « sauvage » avec les « sauvages », est retrouvé 17 ans après et récupéré, quasi amnésique, par la « civilisation » qui tentera de le réintégrer sous l’oeil bienveillant d’un scientifique humaniste.

Extrait d’une histoire vraie mais très romancée, ce récit a deux voix:

- celle du scientifique, rêvant de gloire,qui tente de découvrir,désespérément, les mécanismes de survie de cet homme pendant ces 17 ans dans un univers totalement hostile et permettre ainsi, dans une époque secouée par Darwin, une avancée ethnologique et qui se heurte à un mutisme farouche de son objet d’études.

- celle du héros,totalement muet à la « civilisation », mais nous faisant seul confident de son expérience qu’il refuse d’exprimer car il a compris que « parler c’est mourir » car ne peut coexister en lui ces deux mondes.

Premier roman totalement maîtrisé, puissant, soulevant l’universel problème de l’intégration et du souvenir et l’éternelle question de la dualité « sauvage-civilisé »

Pas d’arnaque vous pouvez le poser sur la pile !

L’OUBLI QUE NOUS SERONS. Hector Abad ♥♥♥

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Une figure paternelle héroïque dans une Colombie dévastée par un pouvoir militaire sanguinaire.

Encore une de ces guérillas meurtrières sud-américaines pourrait on penser, où se mêle dictature, narco-trafiquants et révolutionnaires sauf que cette autobiographie utilise comme toile de fond cet état des lieux pour dresser le portrait plein d’amour et de respect pour un homme exceptionnel, véritable humaniste, médecin des pauvres, utilisant le bon sens, l’optimisme et l’enthousiasme pour lutter contre la main de fer de la gente totalitaire en place.

Un véritable hymne à la joie, un formidable élan de vie suinte de ce visage paternel dépeint avec adoration par un fils ébloui et quelque peu écrasé par cette personnalité hors norme mais qui a su se rendre « inoubliable ».

Le style est fluide,  élégant, la traduction parfaite

A quoi sert la littérature ? A vivre mille vies..Penchez vous sur celle d’ Hector Abad, c’est un véritable joyau.

LES NUITS BLANCHES DU CHAT BOTTÉ. LE CUISINIER DE TALLEYRAND. J.C Duchon-Doris♥♥

nuits blanches chat botte     cuisinier de talleyrand


 



 

 

 

 

 

 

Jean Christophe Duchon-Doris est président de chambre à la cour administrative de Marseille. Est ce pour échapper à la rigueur et l’austérité de l’emploi qu’il laisse caracoler son imaginaire et nous offre des histoires romanesques en diable ? De ces histoires que l’on attend, enfant, chaque soir comme une récompense  et la promesse d’un sommeil enchanté. De ces historiettes que l’on conserve en soi comme un trésor et qui, plus tard, garde un parfum de « petite madeleine ». Que ce soit dans Les nuits blanches du chat botté (que n’aurait pas renié Charles Perrault), L’embouchure du Mississipy, Les galères de l’orfèvre, son tryptique historico-policier, ou Le cuisinier de Talleyrand  et ses recettes fondantes ou La fille au pied de la croix, Duchon-Doris se délecte en conteur et le fait avec panache, épée à la hanche et fier tricorne sur catogan lacé de satin. Cela sent bon les après midi oubliés, dans la grange, Les Trois Mousquetaires entre les mains, un brin de paille fiché dans les dents sur un sourire ravi. Bien sur le parallèle est facile avec Parot et son Nicolas Le Floch mais ses romans ont la jambe gainée plus légère, le fleuret plus aérien et l’ennui inexistant.

  Et quand le livre se termine notre âme d’enfant chuchote « Encore…. »

   Si Grégoire Delacourt « enchante » la Diva de la LGL (La Grande librairie) ses fauteuils du Corbusier ne rougiraient pas de la présence de ce conteur-né

 

OÙ J’AI LAISSÉ MON ÂME. ♥♥♥ LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME.♥♥♥ Jérôme Ferrari

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jérôme Ferrari joue dans la cour des grands : il y est rentré très vite sans faire ses classes tant son talent est évident.

« Où j’ai laissé mon âme« , en étrange écho de « L’art français de la guerre », est un rubis étincelant sur monture d’ébène : une analyse finement travaillée de la torture dans sa dualité bourreau-martyr où la victime peut devenir en un instant le tortionnaire dans une folie meurtrière emplie de remords insondables.

Son livre gronde comme un torrent de cailloux où chaque pierre est un mot qui frappe et fait mouche. Ses phrases sont longues comme des serpents qui vous enserrent et vous captivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Ferrari est envouté par la face noire de l’âme humaine qui fait retomber les dieux en de simples mortels s’agenouillant devant leurs destins provoqués en une spirale infernale des échecs souhaités. Et ce thème se retrouve dans « Le sermon sur la chute de Rome » guidé par l’exhortation de Saint Augustin à Hippone face à la destruction de la Ville Eternelle. Ferrari y déroule la trame de ses obsessions (comme dans ses autres romans « Un Dieu,un animal » et « Dans le secret« ) la faiblesse et l’éphémère des royaumes chimériques bâtis par l’homme dont le mythe d’Icare est la plus parlante réalité.

Décidément Actes Sud est un haras de  véritables pur- sang !

POUR SEUL CORTEGE. LE TIGRE BLEU DE L’EUPHRATE. Laurent Gaudé♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Gaudé est hanté par les tragédies grecques: Sophocle, Eschyle et Euripide doivent être sa trilogie sacrée.

Il est, de plus, envouté par Alexandre Le Grand sur lequel il a écrit, pour le theatre, le fascinant  » Tigre bleu de l’Euphrate », une de ses plus belles pièces. Mais c’est toujours un Alexandre agonisant, genoux à terre, expliquant dans un long monologue onirique les raisons de sa soif de conquête par un mystérieux tigre bleu ou, dans son dernier roman, la vision du déclin et de l’explosion d’une civilisation moribonde périssant dans l’hypertrophie, l’obésité et la démesure étrangement contemporaine. De ces vieilles civilisations qui nous ont faits et dont l’histoire se répète inlassablement.

Laurent Gaudé est un seigneur et un saigneur enivrant…

A lire sans modération

LA NUIT, LA NEIGE. Claude Pujade-Renaud ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Titre étrange, envoutant, laissant caracoler l’imaginaire, l’opposition absolue du noir et du blanc : l’obscurité sinistre de la déchéance  contre la blancheur éclatante du pouvoir royal.

Un véritable concerto à deux voix.

Tout d’abord, celle d’ Anne Marie des Ursins, camamera mayor de la défunte reine Marie Louise Gabrielle épouse de Philippe V d’Espagne, pauvre fou sur l’échiquier de Louis le Quatorzième. Cette femme puissante, éclairée, véritable araignée tissant les fils poissants des écheveaux politiques avec subtilité et clairvoyance, assurée de son pouvoir absolu, rencontre la nouvelle épouse, choisie par elle, petit pion noir sur son propre damier. Mais l’innocent pion noir,un soir de décembre 1714 dans un glacial château de Castille , va la précipiter brutalement  dans la nuit sombre de la répudiation. Et cette femme vieillie, humiliée, cherchera en vain les raisons de cette funeste chute.

Et celle d’Elisabeth Farnèse (ce petit pion noir si prometteur) vendue par sa mère pour la gloire de la couronne de Parme et qui, manipulée à son insu, va tenter désespérement de gouverner un royaume hostile et rongé par l’Inquisition et qui restera hantée par cette disgrâce prononcée hâtivement et par ce carrosse bringuebalant fuyant la nuit dans la neige emportant celle qui aurait pu être son seul secours.
Claude Pujade-Renaud est une magnifique voix féminine d’une très grande tessiture jouant sur tous les arpèges de la sensibilité humaine. Est ce une historienne romancière ou une romancière historienne ?

Mais c’est à coup sûr une enchanteresse…

CADIX OU LA DIAGONALE DU FOU. Arturo Perez-Reverte ♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arturo Pérez-Reverte est régulièrement en tête de gondole surtout depuis le Tableau du Maître Flamand où il a immédiatement installé sa « patte » : une intrigue policière dans un siècle de son choix sur les rivages ou dans les sierra de son Espagne natale.

Dans ce roman, c’est à Cadix, sous Joseph Bonaparte,pendant que les armées napoléoniennes assiègent la ville, qu’il campe ses personnages : un meurtrier aux odeurs de Jean Baptiste Grenouille, un policier à l’âme sombre, une femme armateur dans un monde d’hommes, un corsaire amoureux, un artificier fou de balistique …

Pérez-Reverte est un conteur chevaleresque; il y a du Surcouf, du Pirate des Caraïbes, du Nicolas Le Floch’ chez lui, appuyé sur une documentation profonde et érudite du siècle qu’il choisit.Il vous fait voyager le soir au fond du lit et, une fois la lumière éteinte, rêver à des grandes épopées

A lire pour s’endormir conquérant !

♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mention spéciale pour cet autre roman du même auteur : Le Peintre des Batailles. Un serbe défend sa vie, son pays pendant une guerre fratricide. Un journaliste-reporter fixe son visage qui fera la une des plus grands magazines. En représailles toute sa famille sera exterminée. Ce livre raconte la rencontre de ce journaliste et de cet homme anéanti en quête de vengeance. Tout simplement époustouflant

LE LABYRINTHE DU MONDE. Marguerite Yourcenar ♥♥♥

 

                                          

 

 

 

 

 

 

Marguerite Yourcenar est une grande dame, une très grande dame de la littérature. Certains ne s’y sont pas trompés puisqu’elle fut la première femme Immortelle de cette Académie fondée sous Louis XIV ( brisant presque trois siècles de « mâle » règne !). Il en fallait du talent, de la technique et de la maitrise littéraire pour bousculer les poussières dorées de cette illustre institution !!

Bien sur, il y a ses oeuvres les plus connues (Mémoires d’Hadrien, L’oeuvre au noir, Les Nouvelles Orientales, Alexis ou le Traité du vain Combat, Le Denier du rêve …) qui sont de véritables émeraudes pouvant siéger dans toute bibliothèque même minimaliste.

Mais Marguerite Yourcenar est une femme du Nord qui a poursuivi l’oeuvre de sa vie, s’y re-penchant maintes et maintes fois, fignolant, ciselant les contours : son autobiographie, véritable arbre généalogique de la famille Crayencour : Le Labyrinthe du Monde.

Et nul doute qu’il fallait une virtuosité et une habileté rare pour arriver à passionner de simples mortels pour une famille bourgeoise de la Flandre française !

Eh, bien elle y réussit au delà de toutes espérances et c’est bercé par la mélodie extraordinaire de sa prose, son souci du détail et son harmonie de la narration que l’on traverse les siècles en compagnie des ses aïeux sans une once d’ennui.

Quel talent ! Mais quel talent !!

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