Archives pour octobre, 2011

LE DESERT DE LA GRACE. Claude Pujade-Renaud ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Attention, Merveille !!

Port Royal des Champs: l’emblème mythique de la résistance du dénuement et de l’excellence face aux allées fardées du pouvoir de l’Etat-Soleil.

A travers la voix de deux femmes mues par des raisons différentes, l’une, Françoise de Joncoux, gardienne d’un temple condamné à mort par Louis le Quatorzième, l’autre, Marie-Catherine Racine luttant contre les trahisons de son illustre père, Jean Racine, Claude Pujade-Renaud nous dépeint le combat de l’Ange contre l’Hydre.

S’appuyant sur une documentation foisonnante, elle nous fait vibrer à l’unisson de ses personnages, tutoyer Blaise Pascal, tenter de défendre contre vents et marées le sanctuaire de la grâce.

Un roman qui élève l’âme. Quel bonheur !

LA CONVERSATION. Jean d’Ormesson

 

 

 

 

 

 

 

Un soir, un repas aux chandelles, quelques mets fins, deux hommes en habit :

Fouchey :

Avez vous lu cet opus « la conversation »

Dont on confabule de par tous les salons?

Eh,bien! qu’en faut il penser, mon cher Tallerand

De cette folle ambition dévolue aux grands?

Peu suffit premier consul, on veut empereur !

Et avec toutes les gloires et tous les honneurs?

Tallerand :

L’ambition est banale mais faut il qu’elle dure,

Vous l’avez su vous même pour cela rien n’est sûr.

Mais de son hagiographe qu’en faut il juger ?

Ces propos sont vrais mais son contenu léger

Semblable à lui même, érudit et frivole,

Il nous tient en haleine mais jamais ne s’envole.

Pour excuse on dira que le petit caporal

N’avait que peu de mots pour narrer l’ ideal.

LES AMANDES AMERES. Laurence Cossé

 

 

 

 

 

 

Recommandé par un sémillant octogénaire académicien et en lice pour le prix de l’Académie française, belles références !!

Grosse déception ! On a connu Laurence Cossé plus inspirée ( Le coin du voile, La femme du premier ministre, Vous n’écrivez plus? )… Parce que le sujet est « politically correct » ( une traductrice « bobo » émue par l’illétrisme/analphabétisme d’une émigrée marocaine va se retrouver confronter à un apprentissage douloureux et épineux ) ?

Sujet de société fatalement délicat où l’on en vient à se demander : « Pourquoi, diantre, l’héroïne s’est elle embourbée dans une telle galère ? » Et la chute n’est vraiment pas faite pour ré-hausser le moral de notre estimable Académie des Lettres..

A conseiller à quelques sociologues en mal de lecture.

 

L’IMPREVISIBLE. Metin Arditi ♥♥

 

 

 

 

 

 

Comme l’on peut reconnaitre un compositeur aux premières mesures de son oeuvre, on peut identifier Metin Arditti aux premières lignes de ses livres.

Avec son style enlevé et sa profonde érudition, on se retrouve, comme avec Le Turquetto, dans ce  monde fascinant de l’art avec un tableau « mystère » datant d’une époque florentine que semble affectionner particulièrement l’auteur.

Arditi crée un jeu de miroir entre une oeuvre inconnue qui va révéler un « imprévisible » secret aboutissant à la mort d’un homme et une recherche exaltante et enivrante soumise au dénouement « imprévisible » de la vie.

Elegant, léger, simple.

ET SI L’AMOUR DURAIT. Alain Finkelkraut ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

Comme dans « Un coeur intelligent » Finkelkraut s’appuie sur des oeuvres littéraires pour construire ou déconstruire la pérennité de l’amour.

Il dissèque avec son esprit aiguisé, allié à un véritable respect fervent de leurs auteurs, quatre ouvrages marquants sur l’étude des rapports amoureux : « Madame de Clèves » de Madame de La Fayette, des rapports générationnels : « Les meilleures intentions » d’Ingmar Bergman, des rapports érotiques : « Professeur de désir » de Philippe Roth et celle de l’amour mythique, idyllique à travers l’Oeuvre de Milan Kundera.

Dans une société circonscrite où l’amour et le choix amoureux sont devenus libres, les lois qui les régissent ont elles changées ou l’être humain est il toujours soumis aux caprices du destin, aux aléas génétiques et aux chimères raisonnées ?

Essai brillant comme son auteur.

 

L’ASSASSIN. Maurice Genevoix ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

Il en a fait un des plus beaux fleuves du monde : la Loire lui doit ses plus belles pages (Agnès, La boîte à pêche, la Loire et les garçons..), la « grande guerre » son récit le plus poignant (Ceux de 14), la France rurale des années 20 ses plus beaux tableaux (Raboliot, Rrou, Rémi des Rauches, La Dernière Harde, La Forêt Perdue). Maurice Genevoix, un des sabres les plus fins de l’Académie Française,a écrit tant de pages toutes plus éblouissantes les unes que les autres !

Cet opuscule est ,entre tant d’autres, un rubis étincelant : une chronique, un fait divers banal dans un trou provincial d’après guerre mais qui va devenir le théâtre grandiose de toute la lâcheté humaine, la rancune imbécile et tenace, la coalition d’un village contre la victime expiatoire. On peut songer à la magnifique   »Visite de la vieille dame  » de Durrenmätt ou au proche « Rapport Brodeck » de Philippe Claudel.

Comme quoi des thèmes universels, quand le talent s’en empare, peuvent encore toucher au plus profond !

A dévorer. Re-dévorer TOUT Genevoix. Quel émerveillement !

TOUT MAIGRET. Georges Simenon ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

Découverte tardive mais quel enchantement !

Simenon n’est pas seulement le maître de cet art pseudo mineur qu’est le roman policier, il est l’impressionniste des petits, des humbles de la France du Nord des années 30 à 60.

Qu’il dépeigne des mariniers, des ruraux,des petits bourgeois étriqués, des demi mondaines, c’est toujours avec tendresse et mélancolie qu’il brosse ses personnages si vivants, si chauds, si fragiles.

Avec une langue et une plume totalement maîtrisées, il dresse le portrait de l’âme humaine avec autant de justesse et de talent qu’un Balzac

Pas de doute, l’Académie Française a raté un de ses meilleurs impétrants !

LES OLIVIERS DU NEGUS. Laurent Gaudé ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

Laurent Gaudé est, par excellence, le peintre des grandes batailles et des grands mythes qui dévoile devant vos yeux démesurés le souffle épique, flamboyant des grandes armées étincelantes (La mort du roi Tsongor), le chaos (Ouragan), la fureur (Le soleil des Scorta), l’ignominie (Cris, Eldorado), la déraison, la pure folie, l’irrationnel et le mystique (La porte des enfers, Théâtres).Mais aussi de la tendresse, de la douceur avec une infinie tristesse

Il y a du Munch, du Cerquozzi dans ses pinceaux, du Homère, du Hugo, du Sophocle dans sa plume : pas de doute cet homme est un initié, un élu

Il nous livre quatre récits où s’épanouit la grâce talentueuse de son écriture à travers des histoires qu’il affectionne et dont il est le maitre.

« Tout est bon chez lui il n y a rien à jeter » chanterait  un poète de talent…

 

L’ART FRANÇAIS DE LA GUERRE. Alex Jenni ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Attention! Chef d’oeuvre ??

Ce livre est un grenier rempli de malles hétéroclites ouvertes sur une histoire du monde contenant  la violence passée, présente et à venir.

De la deuxième guerre mondiale en passant par l’Indochine, l’Algérie et le monde présent, par l’intermédiaire de son héros irradié et de son conteur désabusé, Alexis Jenni,dans des pages surprenantes de lucidité, se pose la question de l’origine de la violence inhérente à l’espèce humaine, inscrite dans son patrimoine génétique et dont les dérives sociétaires en permettent toute l’expression.L’auteur décortique avec patience – et quelques longueurs- les rouages complexes (?) qui peuvent en déclencher l’explosion.

En avoir fait un « art français de la guerre » avec pseudo-obéissance, lâcheté,obstination zélée et échec éclatant ??? n’est ce pas là les conditions sine qua non de tous les conflits sous toutes les bannières ??

A lire. A lire. On ne peut rester indifférent.

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