Titre étrange, envoutant, laissant caracoler l’imaginaire, l’opposition absolue du noir et du blanc : l’obscurité sinistre de la déchéance  contre la blancheur éclatante du pouvoir royal.

Un véritable concerto à deux voix.

Tout d’abord, celle d’ Anne Marie des Ursins, camamera mayor de la défunte reine Marie Louise Gabrielle épouse de Philippe V d’Espagne, pauvre fou sur l’échiquier de Louis le Quatorzième. Cette femme puissante, éclairée, véritable araignée tissant les fils poissants des écheveaux politiques avec subtilité et clairvoyance, assurée de son pouvoir absolu, rencontre la nouvelle épouse, choisie par elle, petit pion noir sur son propre damier. Mais l’innocent pion noir,un soir de décembre 1714 dans un glacial château de Castille , va la précipiter brutalement  dans la nuit sombre de la répudiation. Et cette femme vieillie, humiliée, cherchera en vain les raisons de cette funeste chute.

Et celle d’Elisabeth Farnèse (ce petit pion noir si prometteur) vendue par sa mère pour la gloire de la couronne de Parme et qui, manipulée à son insu, va tenter désespérement de gouverner un royaume hostile et rongé par l’Inquisition et qui restera hantée par cette disgrâce prononcée hâtivement et par ce carrosse bringuebalant fuyant la nuit dans la neige emportant celle qui aurait pu être son seul secours.
Claude Pujade-Renaud est une magnifique voix féminine d’une très grande tessiture jouant sur tous les arpèges de la sensibilité humaine. Est ce une historienne romancière ou une romancière historienne ?

Mais c’est à coup sûr une enchanteresse…