Jérôme Ferrari joue dans la cour des grands : il y est rentré très vite sans faire ses classes tant son talent est évident.

« Où j’ai laissé mon âme« , en étrange écho de « L’art français de la guerre », est un rubis étincelant sur monture d’ébène : une analyse finement travaillée de la torture dans sa dualité bourreau-martyr où la victime peut devenir en un instant le tortionnaire dans une folie meurtrière emplie de remords insondables.

Son livre gronde comme un torrent de cailloux où chaque pierre est un mot qui frappe et fait mouche. Ses phrases sont longues comme des serpents qui vous enserrent et vous captivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Ferrari est envouté par la face noire de l’âme humaine qui fait retomber les dieux en de simples mortels s’agenouillant devant leurs destins provoqués en une spirale infernale des échecs souhaités. Et ce thème se retrouve dans « Le sermon sur la chute de Rome » guidé par l’exhortation de Saint Augustin à Hippone face à la destruction de la Ville Eternelle. Ferrari y déroule la trame de ses obsessions (comme dans ses autres romans « Un Dieu,un animal » et « Dans le secret« ) la faiblesse et l’éphémère des royaumes chimériques bâtis par l’homme dont le mythe d’Icare est la plus parlante réalité.

Décidément Actes Sud est un haras de  véritables pur- sang !