Yasmina Reza est la reine du fleuret : elle touche et fait mouche à tous les coups. Cette fine lâme sait pourfendre tous nos travers et pose sa mouche là où ça fait mal. Elle sait débusquer, dans des scènettes apparemment anodines, le moment juste où une phrase banale va faire capoter la quiétude installée et éclater le vernis des conventions, cet instant fragile, en équilibre où le masque bien pensant tombe brutalement révélant une sauvagerie  émotionnelle disproportionnée. Que ce soit à propos d’un tableau blanc ( Art), d’une bagarre  de cours d’école ( Le dieu du carnage), au décours d’une mise en terre (Conversations après un enterrement), d’une relation père-fils (Une désolation) toutes ses réparties débusquent les démons enfouis sous le couvercle de la bienséance et le fait exploser avec un bonheur et une justesse rare.

Dans ce livre chorale où les personnages s’entremêlent d’une nouvelle à l’autre, elle pointe avec délectation les petits riens,les phrases anodines et banales qui tricotent notre quotidien et que l’on pourrait dire ou vivre. Quel intérêt, direz vous ? La férocité mêlée de tendresse de Reza pour ses personnages, un mélange de méchanceté pour la petitesse de ces derniers et une compassion pour leur accablement d’êtres humains.

Il est bien connu que « les gens heureux n’ont pas d’histoires » …