LA GRACE DES BRIGANDS.Véronique Ovaldé ♥♥

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Véronique Ovaldé est une séductrice (ceux qui l’ont vu susurrer « mais je vous en prie, Francois » au Rubempré de la LGL, comprendront..) et celle ci s’exerce jusque dans ses romans. Elle nous attire dans les rets scintillants de son monde fantastique peuplé d’ovnis tellement humains ballotés au gré des courants de son imagination et de sa plume prolixe.

Que ce soit Maria Christina, son héroïne fuyant à l’autre bout du monde sa famille désaxée,Rafael Claramunt  bellâtre  et Nobel de paccotille, Joanne, parturiente célibataire alcoolo-tabagique, la caractéristique fondamentale de Véronique Ovaldé est la tendresse inconditionnelle qu’elle éprouve pour tous ses personnages et ceux ci le lui rendent bien. Serait ce là le secret de tout bon roman ?

Asseyez vous et laissez vous entrainer par cette charmeuse de serpent, sa plume s’affirme, s’étoffe et se maitrise un peu plus à chaque roman.

SOUS LA VILLE ROUGE. René Frégni

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René Frégni est un écorché vif et ses premiers romans, noirs et durs comme l’ébène, avaient leurs propres chants funèbres, leurs musiques sombres bien à eux et leurs histoires désespérées curieusement attachantes.

Si le bon vin se bonifie en vieillissant, ce roman lui, est un tonneau de la pire des piquettes, de celui qui vous visse les écrous salivaires très serrés et vous décape l’oro-pharynx. Tous les poncifs y sont accumulés : du pauvre écrivain génial qui a les mots dans le sang (mais apparemment une très mauvaise circulation) et que ces immondes maisons d’éditions, lieux de dépravation suprême, ne daignent même pas considérer, au représentant grand-guignolesque de ces sus-dite maisons qui se retrouvera taillé à la hache (mais si, mais si…) par le pauvre incompris cherchant désespérément la rédemption entre les quatre cordes d’un ring dans le fin fond d’une banlieue pourrie.

Non mille fois non !

LE CONFIDENT. Hélène Grémillon

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« Cinq prix littéraires, traduit en 27 langues » dixit Folio …

Pour un premier roman, on veut bien faire un effort,Hélène Grémillon n’est pas dépourvue d’imagination et tient serrée le canevas de son histoire : une jeune femme découvre par le biais de courriers réguliers quasi anonymes, le secret de sa conception et la vérité sur sa mère biologique,sur fond de guerre de 39-45, alors qu’elle même s’apprête à être mère.Le suspense est distillé à bon escient pour tous lecteurs naïfs mais le bâti est faufilé à très gros point au fil de trois pouces d’épaisseur pas moins, et l’ensemble laisse un goût de « déjà lu »… mais en beaucoup moins bien.

Passez votre chemin ou relisez les Contes de Maupassant : histoires semblables mais avec le talent et le génie en plus

A la rigueur sur une serviette de plage ….

CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC. François Garde ♥♥

 

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Premier roman : neuf prix … Question obsédante, les yeux rivés sur le bandeau rouge des citations: Réalité ? Arnaque ?

4° de couv’ : XIX° siècle, un blanc, oublié sur une ile, devenu « sauvage » avec les « sauvages », est retrouvé 17 ans après et récupéré, quasi amnésique, par la « civilisation » qui tentera de le réintégrer sous l’oeil bienveillant d’un scientifique humaniste.

Extrait d’une histoire vraie mais très romancée, ce récit a deux voix:

- celle du scientifique, rêvant de gloire,qui tente de découvrir,désespérément, les mécanismes de survie de cet homme pendant ces 17 ans dans un univers totalement hostile et permettre ainsi, dans une époque secouée par Darwin, une avancée ethnologique et qui se heurte à un mutisme farouche de son objet d’études.

- celle du héros,totalement muet à la « civilisation », mais nous faisant seul confident de son expérience qu’il refuse d’exprimer car il a compris que « parler c’est mourir » car ne peut coexister en lui ces deux mondes.

Premier roman totalement maîtrisé, puissant, soulevant l’universel problème de l’intégration et du souvenir et l’éternelle question de la dualité « sauvage-civilisé »

Pas d’arnaque vous pouvez le poser sur la pile !

CET ÉTÉ LÀ. William Trevor ♥♥♥

 

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Petite cantate légère, apaisante, jouée par de belles âmes dans un monde simple.

De ces histoires innocentes et lourdes à la fois où chaque personnage trace son sillon suivant son code de vie où le respect et l’amour peuvent cohabiter simplement.

William Trevor, un grand, un très grand de la littérature nous livre une histoire simple sans fards dont la musique est douceur et sérénité

Une de ces oeuvres dont on sort réconcilié avec l’être humain.

L’OUBLI QUE NOUS SERONS. Hector Abad ♥♥♥

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Une figure paternelle héroïque dans une Colombie dévastée par un pouvoir militaire sanguinaire.

Encore une de ces guérillas meurtrières sud-américaines pourrait on penser, où se mêle dictature, narco-trafiquants et révolutionnaires sauf que cette autobiographie utilise comme toile de fond cet état des lieux pour dresser le portrait plein d’amour et de respect pour un homme exceptionnel, véritable humaniste, médecin des pauvres, utilisant le bon sens, l’optimisme et l’enthousiasme pour lutter contre la main de fer de la gente totalitaire en place.

Un véritable hymne à la joie, un formidable élan de vie suinte de ce visage paternel dépeint avec adoration par un fils ébloui et quelque peu écrasé par cette personnalité hors norme mais qui a su se rendre « inoubliable ».

Le style est fluide,  élégant, la traduction parfaite

A quoi sert la littérature ? A vivre mille vies..Penchez vous sur celle d’ Hector Abad, c’est un véritable joyau.

ACCABADORA. Michela Murgia ♥♥♥

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C’est un véritable chant sarde que nous psalmodie Michela Murgia.

Un de ces livres qui nous raconte une vieille histoire lourde, lente et puissante où l’économie des mots des personnages rend encore plus écrasante leur destinée.

Dans une Sardaigne ancestrale une veuve adopte une enfant dont elle fera sa « fill’e anima » l’éduquant avec une rigueur aimante permettant l’éclosion d’une jeune femme droite et forte. Mais un jour cette jeune Maria va découvrir la véritable Tzia qui n’est autre qu’une accabadora, une faiseuse non d’anges mais de morts, cette deuxième mère , celle qui après la première qui a donné la vie, donne la mort quand celle ci tarde trop à faire son œuvre et engendre de trop grandes souffrances. Après une répulsion totale et une fuite éperdue Maria reviendra auprès de sa mère adoptive mourante qui lui signifiera par le regard son souhait qu’elle devienne pour elle son accabadora. Et se pose alors pour la jeune femme la terrible question du droit à donner la mort quand les souffrances sont inutiles et le courage et la force immense nécessaire à l’accomplissement d’un tel acte.

Ce roman mi légende mi vérité, dans un style épuré, clair et bien maîtrisé, soulève le problème  aussi vieux que les mythes, de l’euthanasie, cachée, tue mais acceptée comme un rituel ancestral.

Magnifique roman qui n’est pas sans résonner avec Milena Angus ou Carole Martinez

A lire. Ne serait ce que pour nous rappeler que nous sommes des fétus de paille, certes dressés, mais si fragiles…

LE PEINTRE D’EVENTAIL. Hubert Haddad ♥♥♥

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Dans une modeste pension d’une contrée japonaise, un homme épouvanté par sa vie trouve refuge auprès d’un vieil homme, peintre sur éventails des splendeurs du jardin dont il a la garde et qu’il lui lèguera à sa disparition comme véritable gardien de son temple. C’est auprès des différents hôtes de la maison et parmi ces aquarelles de papier et cette nature omniprésente que cet homme retrouvera sa dignité et son élan de vie avant que la nature tant aimé ne brise à nouveau cette force vive.

Cet opuscule aussi léger qu’un souffle d’éventail dans les cerisiers japonais prend pourtant tout son poids au coeur même d’une terre riche, féconde, génératrice d’une beauté sensuelle mais aussi violente et meurtrière dans ses paroxysmes sismiques. C’est une véritable danse lascive entre les personnages ballotés par leur passion et leur destin et cette nature apaisante mais aussi dévastatrice.

Ce roman ressemble à ces délicates estampes au trait parfait de finesse  et d’une violence inouïe.

Très bel auteur. A découvrir.

NOS GLOIRES SECRETES. Tonino Benacquista ♥♥

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Tonino Benacquista est assurément une valeur sûre. N’importe lequel des ses romans engendre une sympathie humaine rare. C’est un auteur sans prétention, dans le sens noble du terme, avec une imagination trempée dans le réel et qui fait le secret des « bonnes » histoires. Il a fourbi ses armes dans la littérature policière et ses Rivages Noir et Folio Policier La maldonne des sleepings, Les morsures de l’aube, La machine à broyer les petites filles etc.) trônent dans la plupart des bibliothèques de vacances (les plus belles…).

Mais là où Benacquista excelle est sans conteste la nouvelle. Tout à l’ego était impressionnant de maitrise touchant autant le style que l’imaginaire et ce nouveau recueil en conserve la même plume. Ces six nouvelles peuvent imiter des « historiettes » mais n’en ont pas seulement l’air mais aussi la chanson : simples, presque faciles, un rien banals, pleinement humaines, elles vous retroussent et vous décoiffent souvent dans un éclat de rire sur leur dernière page.

Encore une fois, toujours sans prétention, un auteur qui donne ce qu’il promet. Merci

LA DISPARITION DE JIM SULLIVAN. Tanguy Viel ♥♥

 

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Tanguy Viel, dans son nouveau roman, s’attelle à un exercice périlleux : celle d’un auteur qui écrit un livre sur le livre qu’il a écrit dans un pays où il n’a jamais mis un pied, avec des héros,des situations, des lieux et des états d’âme piochés pertinemment dans une littérature planétaire, celle de l’American way of life…

Jeu, ô combien difficile, mais dont il se sort avec brio et humour féroce.

Sa maîtrise du fil conducteur, sa dichotomie permanente sur le fil du rasoir entre le narrateur et son double et la construction habile d’une histoire dans l’autre, telles des poupées russes, en font un véritable exercice de style d’une fluidité confondante qui jamais ne s’embrouille dans les multiples poncifs de la littérature américaine dont son roman est truffé. Il fait mouche partout : dans les sujets choisis, dans l’atmosphère parfaitement reconstitué : un véritable roman américain qui aurait pu être écrit par un auteur américain goguenard.

Et comme couronnement : un roman court (153 pages) comme sait si bien les concocter Tanguy Viel qui nous repose des pavés indigestes des éditeurs !

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