MAPUCHE. Caryl Férey ♥♥

 

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Après la « planète » Zulu son précédent roman, Caryl Férey nous catapulte dans l’Argentine post coloniale, celle des rescapés des juntes militaires qui tentent avec l’énergie du désespoir de survivre aux abominations perpétrées dont les séquelles s’inscrivent jusqu’au plus profond de leurs cellules. Déracinés, chassés de leur terre mère pour son héroïne mapuche, miraculés des geôles des colonels pour son héros argentin, leurs chemins vont se croiser par l’intermédiaire du meurtre sordide d’un travesti retrouvé terriblement mutilé dans le port de Buenos Aires.

Comme dans ses anciens romans, Férey se glisse comme un gant, dans un monde d’ultra-violence qu’il maitrise à la perfection avec une habileté rare ne trébuchant jamais dans le « gore » soutenu par une documentation précise au scalpel du monde dans lequel gravitent ses personnages.

Valeur sure du roman noir, on pourra cependant lui préférer Zulu plus concis, plus « concentré », plus détonant.

LA FRANCE ORANGE MECANIQUE. Laurent Obertone ♥♥♥

image orange mecanique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DOCUMENTÉ.

PERCUTANT.

HALLUCINANT.

A PLEURER (de rage)

LES NUITS BLANCHES DU CHAT BOTTÉ. LE CUISINIER DE TALLEYRAND. J.C Duchon-Doris♥♥

nuits blanches chat botte     cuisinier de talleyrand


 



 

 

 

 

 

 

Jean Christophe Duchon-Doris est président de chambre à la cour administrative de Marseille. Est ce pour échapper à la rigueur et l’austérité de l’emploi qu’il laisse caracoler son imaginaire et nous offre des histoires romanesques en diable ? De ces histoires que l’on attend, enfant, chaque soir comme une récompense  et la promesse d’un sommeil enchanté. De ces historiettes que l’on conserve en soi comme un trésor et qui, plus tard, garde un parfum de « petite madeleine ». Que ce soit dans Les nuits blanches du chat botté (que n’aurait pas renié Charles Perrault), L’embouchure du Mississipy, Les galères de l’orfèvre, son tryptique historico-policier, ou Le cuisinier de Talleyrand  et ses recettes fondantes ou La fille au pied de la croix, Duchon-Doris se délecte en conteur et le fait avec panache, épée à la hanche et fier tricorne sur catogan lacé de satin. Cela sent bon les après midi oubliés, dans la grange, Les Trois Mousquetaires entre les mains, un brin de paille fiché dans les dents sur un sourire ravi. Bien sur le parallèle est facile avec Parot et son Nicolas Le Floch mais ses romans ont la jambe gainée plus légère, le fleuret plus aérien et l’ennui inexistant.

  Et quand le livre se termine notre âme d’enfant chuchote « Encore…. »

   Si Grégoire Delacourt « enchante » la Diva de la LGL (La Grande librairie) ses fauteuils du Corbusier ne rougiraient pas de la présence de ce conteur-né

 

LA VIE REVÉE D’ERNESTO G. JM Guenassia ♥

 

 

 

 

 

 

 

Sur un siècle,avec son héros Joseph Kaplan, médecin hongrois, Guenassia nous entraine des fastes moribondes de la Hongrie des années 30 au soleil pourrissant d’une Algérie coloniale et d’un retour à la terre natale profondément dévastée par une emprise communiste. Toute une vie ponctuée de rêves, de mirages, d’amours intenses, d’amitiés profondes et de désillusions violentes dont l’acmé se concrétisera par une rencontre étrange et romanesque avec un certain Ernesto G. revenu de toutes ses chimères et exilé dans un trou de province tchèque.

Guenassia nous avait déjà entrainé dans le Paris des années 50 avec une plume tourbillonnante dans une ronde échevelée de personnages hauts en couleur d’une gaité folle enthousiasmante (Le club des incorrigibles optimistes). Ce roman est plus noir, plus amer même si sa plume reste virevoltante.

Une belle histoire même si l’on peut préférer son précédent roman.

HEUREUX LES HEUREUX. Yasmina Reza ♥♥

 

 

 

 

 

 

 

Yasmina Reza est la reine du fleuret : elle touche et fait mouche à tous les coups. Cette fine lâme sait pourfendre tous nos travers et pose sa mouche là où ça fait mal. Elle sait débusquer, dans des scènettes apparemment anodines, le moment juste où une phrase banale va faire capoter la quiétude installée et éclater le vernis des conventions, cet instant fragile, en équilibre où le masque bien pensant tombe brutalement révélant une sauvagerie  émotionnelle disproportionnée. Que ce soit à propos d’un tableau blanc ( Art), d’une bagarre  de cours d’école ( Le dieu du carnage), au décours d’une mise en terre (Conversations après un enterrement), d’une relation père-fils (Une désolation) toutes ses réparties débusquent les démons enfouis sous le couvercle de la bienséance et le fait exploser avec un bonheur et une justesse rare.

Dans ce livre chorale où les personnages s’entremêlent d’une nouvelle à l’autre, elle pointe avec délectation les petits riens,les phrases anodines et banales qui tricotent notre quotidien et que l’on pourrait dire ou vivre. Quel intérêt, direz vous ? La férocité mêlée de tendresse de Reza pour ses personnages, un mélange de méchanceté pour la petitesse de ces derniers et une compassion pour leur accablement d’êtres humains.

Il est bien connu que « les gens heureux n’ont pas d’histoires » …

 

LA VERITÉ SUR L’AFFAIRE HARRY QUEBERT. Joël Dicker

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand les maisons d’éditions et leurs complices cesseront de prendre les pauvres lecteurs pour des billes de flipper et de les catapulter dans leurs petits filets garnis pour leur vendre des soi disant romans d’exception (comme Karoo par exemple) juste bons à caler l’armoire normande de tante Léontine ???

Quand cessera t on de nous infliger des pavés monstrueux de plus de 600 pages,indigestes dont près de la moitié pourrait être supprimée sans nuire une nanoseconde à la compréhension du texte bien au contraire (mais que font les rewievers …) ?

Prétendre que ce « roman » est une vision rare et profonde de l’Amérique est un camouflet à de merveilleux écrivains américains qui,eux, savent de quoi ils parlent.

Banal roman policier confus,poussif, laissez tomber et lisez plutôt Pete Dexter ou Jim Thompson, 400 pages de moins, mais quel plaisir !

Première gamelle du Goncourt des lycéens..

 

« HO… » Philippe Djian

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Icône culte des années 80, révélé par 37,2 le matin et Beinex (qui propulsa de la même façon Dellacorta par son film Diva ) Djian  a ravi, enthousiasmé, enflammé une époque funky. Méprisé par l’intelligentsia littéraire jusqu’aux années 90-95 au sommet de son art avec notamment Sotos, c’est, curieusement, quand il a commencé à se mettre en boucle et à verser dans le lourd et le glauque que les lauriers ont fleuri. Privilège de l’âge ? Reconnaissance tardive de la cavalerie ?

« Ho… » n’échappe malheureusement pas à la règle de ses précédents romans. Alors, bien sûr, il y  a toujours l’ »atmosphère Djian » et son phrasé reconnaissable entre mille. Mais se mettre à la place d’une femme (l’héroïne de son roman) et faire dériver un viol vers une relation amoureuse sado-maso (finissant, en plus, par un coup de pelle mortel) risque de faire sauter au plafond les associations de femmes victimes de ce genre de sévices.  Mais bof, comme c’est le copain de Christine Angot … Il est certain qu’un écrivain n’est pas obligé d’avoir vécu une situation pour pouvoir en parler, son imaginaire peut y pallier, mais parfois il y des occasions qui se perdent. Dommage !

PARFUMS. Philippe Claudel ♥♥♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Claudel est un « chuchoteur » et ce qu’il vous murmure à l’oreille est empli d’une poésie nostalgique, d’une brume indéfinissable lourde et ouatée à l’image de sa terre lorraine. Sa musique est cristalline et son verbe souple et aérien. A l’instar de Philippe Delerm et sa « petite gorgée de bière » il nous livre dans Parfums ces petits instants de grâce, ces minuscules particules de vie qui en font toute la saveur et la rendent si précieuse. Tous ces petits « riens » qui peuplent notre hippocampe limbique et font de nous des êtres uniques et à la fois similaires dans leurs souvenirs partagés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et dans la même veine, dénichez «  Le café Excelsior » lieu de rencontre entre un grand père et son petit fils, endroit magique de passation du pouvoir masculin entre une grenadine à l’eau et une chope de bière. Une véritable initiation dans un rituel ancestral qui fait de vous un homme, un vrai. Un petit bijou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impossible de ne pas rappeler l’exceptionnel roman qui ouvrit avec fracas les portes de la littérature à Philippe Claudel : « Les âmes grises ». La beauté rare de ce livre où la noirceur de l’âme côtoie l’indicible fraicheur sous le fracas lointains des bombes restera longtemps gravée dans le marbre de nos mémoires.

Philippe Claudel est une véritable version orale des plus beaux peintres flamands.

PRINCE D’ORCHESTRE. Metin Arditi ♥

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le monde pictural, Metin Arditi se frotte au monde musical avec ce roman sur les doutes et les affres d’un chef d’orchestre adulé,encensé et déifié qui voit son mythe exploser en mille débris par une petite remarque acerbe envers un simple exécutant. Et celui qui fut une véritable idole va voir toute sa créativité, son inventivité et son génie piétinés par ceux qui l’avaient porté au delà des nues et glisser vers une paranoïa aiguë.Hormis le fait qu’Arditi dépeint un personnage propulsé si haut qu’il ne se distingue plus lui même (pathologie fréquente…), il semble que ce phénomène soit contagieux et que l’auteur ait malencontreusement dérapé en osmose avec son sujet.

Metin Arditi semble perdre la maîtrise de son personnage et de son style se faisant bousculer par une folie destructrice et déstructurée qui ne lui ressemble guère. On le préfère plus subtil et plus heureux…

OÙ J’AI LAISSÉ MON ÂME. ♥♥♥ LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME.♥♥♥ Jérôme Ferrari

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jérôme Ferrari joue dans la cour des grands : il y est rentré très vite sans faire ses classes tant son talent est évident.

« Où j’ai laissé mon âme« , en étrange écho de « L’art français de la guerre », est un rubis étincelant sur monture d’ébène : une analyse finement travaillée de la torture dans sa dualité bourreau-martyr où la victime peut devenir en un instant le tortionnaire dans une folie meurtrière emplie de remords insondables.

Son livre gronde comme un torrent de cailloux où chaque pierre est un mot qui frappe et fait mouche. Ses phrases sont longues comme des serpents qui vous enserrent et vous captivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Ferrari est envouté par la face noire de l’âme humaine qui fait retomber les dieux en de simples mortels s’agenouillant devant leurs destins provoqués en une spirale infernale des échecs souhaités. Et ce thème se retrouve dans « Le sermon sur la chute de Rome » guidé par l’exhortation de Saint Augustin à Hippone face à la destruction de la Ville Eternelle. Ferrari y déroule la trame de ses obsessions (comme dans ses autres romans « Un Dieu,un animal » et « Dans le secret« ) la faiblesse et l’éphémère des royaumes chimériques bâtis par l’homme dont le mythe d’Icare est la plus parlante réalité.

Décidément Actes Sud est un haras de  véritables pur- sang !

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